Avantages et inconvénients de l'habitat participatif : le vrai bilan
Sur le papier, l'habitat participatif a tout pour plaire. Mais qu'en disent ceux qui y vivent ? Quelques semaines après l'emménagement aux Bobines (Villeurbanne) et à Trévolution (Trévoux), cinq habitants et le fondateur d'Habitat & Partage font le bilan, sans langue de bois.
Les avantages
Des voisins sur qui compter. C’est ce qui revient en premier. Une machine oubliée à la buanderie, un enfant à garder une heure, un escabeau à prêter : tout passe par les coursives et le groupe WhatsApp. « L’entraide se fait comme ça, spontanément », raconte Alain.
Un logement conçu par et pour ses habitants. Pete a dessiné son appartement avec les architectes : « Ça correspond tout à fait à ce que j’ai souhaité. » Le groupe avait aussi demandé une bonne isolation phonique. Pari tenu, selon lui.
Des loyers plus accessibles. Habitat & Partage vise 20 à 30 % sous le marché, grâce à l’absence de marge, à des prêts très longs et au bénévolat. Lire aussi : Habitat participatif : combien ça coûte vraiment ?
Plus d’espace en partageant. Chambre d’amis, salle commune, buanderie, atelier, vélos cargos. Mamilène se souvient de son ancien lotissement : « On était 23 maisons et on avait tous notre tondeuse. »
Moins de charge mentale. Les gros travaux et l’entretien sont portés par la coopérative et le collectif, pas par chacun seul.
Les inconvénients
C’est long. Environ six ans entre la première réunion et l’emménagement, pour Les Bobines comme pour Trévolution. Sur un tel délai, la vie change : aux Bobines, seules trois personnes du groupe de départ ont finalement emménagé, raconte Pete.
Ça demande du temps et de l’engagement. Réunions plénières mensuelles, commissions, chantiers participatifs… Le projet repose sur l’implication de chacun. C’est aussi ce qui le rend possible.
Il faut faire des compromis. On décide à plusieurs : l’usage de la salle commune, les règles de la buanderie, l’accueil des personnes extérieures. Et les choix des premiers habitants s’imposent ensuite aux suivants. Mamilène l’a bien compris : « Les gens qui vont venir après, on n’a pas pu leur laisser les espaces tout vides. »
Des logements plus compacts. Le principe est d’occuper « le plus petit logement nécessaire », puisqu’on dispose d’espaces communs. Pour certains, c’est une libération ; pour d’autres, un renoncement.
Pas de patrimoine à transmettre. En coopérative d’habitation, on est locataire. Un futur habitant de Trévolution a quitté le projet pour cette raison : il voulait laisser un bien à ses enfants.
Un bâtiment neuf a ses défauts. Comme dans toute construction, il y a des réserves à lever après la livraison. Elles sont couvertes par les garanties de construction et suivies par l’équipe d’Habitat & Partage.
Et l’amitié dans tout ça ?
Vivre ensemble ne veut pas dire être amis avec tout le monde. « Est-ce qu’on est amis pour autant ? Je pense que ça va venir », dit Pete. Claudine parle plutôt d’une « famille trévolutionnaire », « mais pas à la place de mes amis ni de ma famille ».
Pourquoi l’accompagnement change la donne
Beaucoup de projets d’habitat participatif menés seuls n’aboutissent pas : groupe qui s’épuise, terrain introuvable, banques frileuses. Mamilène a connu deux groupes avant Trévolution : « On n’avait pas le foncier, on a cherché, on s’est épuisés. » Avec une coopérative qui porte le montage juridique et financier, les habitants peuvent se concentrer sur leur projet de vie.
Le bilan de nos habitants ? Tous se disent satisfaits de leur logement. « Je suis au bon endroit, au bon moment », résume Claudine. Envie de vous faire votre propre idée ? Découvrez nos projets en cours. Lire aussi : Habitat participatif : 10 questions à se poser avant de se lancer.
